Une semaine importante s’ouvre pour les marchés — aussi bien les taux, que les actions ou encore les devises — avec des chiffres très attendus. Le rapport mensuel sur l’emploi américain sera publié ce vendredi 4 juin, et il devrait donner une bonne indication aux machés sur le tempo de la Réserve Fédérale (Fed) pour commencer à ouvrir des discussions sur un ralentissement des achats d’actifs, le fameux « tapering ».

USA, l’inflation en ligne de mire

L’institution monétaire américaine navigue actuellement à un rythme de 120 milliards de dollars d’achats d’actifs tous les mois et son bilan atteint désormais 7 903 milliards de dollars soit l’équivalent de 37 % du PIB — ce qui reste toutefois inférieur au ratio bilan /PIB de la Banque centrale européenne (BCE) ou encore de la Banque du Japon.

Nous savons que la Fed poursuit un double mandat sur l’emploi et sur les prix. Or, sur la question de l’inflation, il y a désormais beaucoup moins d’inquiétude. Même si une partie de la hausse des prix observée ces derniers mois sera transitoire, la Fed ne peut toutefois pas l’ignorer, sachant également que la Maison Blanche a déjà déclaré à plusieurs reprises ces dernières semaines qu’elle était attentive à l’inflation.

Ralentir pour contrôler les risques

Certains membres de la Fed comme Robert Kaplan considèrent qu’une partie de la hausse des prix ne sera pas transitoire car la hausse des salaires observée est relativement résiliente. Concernant le marché du travail, il estime qu’il est plus tendu que le niveau d’emploi ne le suggère et que l’offre d’emplois est relativement abondante.

Même s’il n’est pas un membre votant cette année, Kaplan pense que si la Fed retire « prudemment le pied de l’accélérateur », cela permettra de contrôler les risques, et notamment les risques financiers. Il a déclaré la semaine dernière qu’à ce stade de la reprise, la poursuite des achats de titres de crédits hypothécaires (MBS) peut avoir des « effets secondaires indésirables »…

La question du tapering sur la table

Il semble désormais que l’idée de commencer à entamer des discussions sur un « tapering » fasse également son chemin même chez les moins « faucons » de la Fed. Le vice-président de l’institution a qualifié les derniers chiffres d’inflation aux Etats-Unis de « surprise très déplaisante ». La hausse globale des prix aux Etats-Unis s’est affichée à 4,2 % en avril versus avril 2020 soit la progression la plus rapide depuis 2008.

Richard Clarida a clairement laissé la porte ouverte à une ouverture des discussions sur un ralentissements des achats d’actifs « lors des prochaines réunions ». Il y a une réunion en juin, une autre en juillet puis viendra le symposium des banquiers centraux à Jackson Hole en août.

Des mesures à horizon 2022 ?

Nous pouvons donc très bien imaginer que des discussions auront lieu en juin et juillet, pour des annonces qui pourraient intervenir en août — et qui entreraient en vigueur à la fin du second semestre voire début 2022. Sachant que nous ne parlons là « que » de tapering et pas de hausse de taux.

Il serait donc surprenant que la Fed ne modifie pas sa communication en juin ou juillet, sachant que Jerome Powell a plusieurs fois indiqué que la Fed préviendrait « très en amont » de tout changement de politique monétaire. De nombreux membres du FOMC continuent d’indiquer que le scénario de base est celui d’une inflation transitoire, mais ils complètent désormais plus souvent leurs propos par : « si ce n’est pas le cas, la Fed dispose des instruments appropriés ». 

Changement de communication

Et même si ce n’est pas le critère principal pour la Fed, la question de la valorisation des marchés financiers et de certains excès observés ces derniers mois peuvent aussi être un argument plaidant pour un changement de communication dès le mois de juin. Le dernier rapport sur la stabilité financière de la Fed publié début mai semblait beaucoup plus alerte sur la question des valorisations, et les risques correctifs significatifs en cas de baisse d’appétit des investisseurs.